Archive dans février 2019

Le grand bêtisier du recrutement: les 5 moutons noirs

Le grand bêtisier du recrutement: les 5 moutons noirs

Les recruteurs sont les premières victimes des fantasmes de leur client. Ceux-ci les poussent souvent à commettre toujours les mêmes erreurs. Voici non pas l’archétype du mouton à cinq pattes, mais plutôt le bêtisier des 5 moutons noirs les plus demandés:

  1. Le mouton noir bien blanc

Le client a beau ne pas être raciste, il s’extasie plus facilement sur le CV d’Armand Duchêne que sur celui d’Ibrahim Abdelmoulah. C’est irrationnel mais le mouton noir « bien blanc de chez nous » aura plus de chance d’être retenu que celui qui dispose pourtant d’une double culture, ce qui devrait, au contraire, de facto, lui conférer un avantage. Regardez la rubrique « L’équipe » de n’importe start-up revient à consulter les albums Paninni de l’équipe nationale de rugby d’Afrique du Sud d’avant l’ère Mandela. A feuilleter sur une musique de Charles Trenet en dégustant un picon bière sur une nappe à carreau. Je ne plaisante pas, regardez la photo en dernière page de l’équipe de rédaction de tous les guides du routard: pas un seul asiatique, ni maghrébin, ni black. Et ce sont eux qui vont nous parler de la diversité du monde?!?…

2. Le mouton noir bien jeune

Lire des annonces d’emploi est un exercice des plus déprimants. « Vous avez une première expérience….bla bla… » ou alors « vous disposez d’une solide expérience (3 ans et plus) de la vente…bla bla… », ce qui revient à dire « vous qui êtes trentenaire ben sachez qu’on ne veut déjà plus de vous ». Comment peut-on imaginer avoir de l’expérience quand on a moins de 30 ans? Qui a envie de recruter quelqu’un qui sera imbu de sa personne, tout juste sorti des jupes de sa mère, qui aura tout le temps des conversations puériles et qui aura à cœur de commettre toutes les erreurs professionnelles qui lui permettront d’acquérir l’expérience dont précisément on ne veut qu’il en vienne pourvu?

3. Le mouton noir bien fidèle à sa bergerie

« Celui est là au moins il n’est pas instable, il est solide, il est resté au moins 5 ans à chaque fois dans chaque boîte ». Y’en a comme ça dans les soirées on arrive pas à les chasser, ils nous tiennent éveillés jusqu’au petit matin. Tous les experts s’accordent à dire que sauf exception, on fait le tour d’un poste en moyenne en deux ans maximum. OK mais je fais quoi alors à partir de la troisième année? Ben, déjà, je rallonge les pauses café de 2 à 15 minutes, je deviens expert en achat sur internet, je planifie savamment mes vacances en surfant sur le web, j’optimise mes RTT pour transformer en viaduc n’importe quel jour férié, bref: je bulle. Je suis fidèle mais je bulle!

4. Le mouton noir qui ne parle pas français

Vous êtes soulagé d’apprendre qu’il y a un indien, un vietnamien ou un américain dans l’équipe? Vous pensez rejoindre une société internationale qui a l’ambition, le courage et l’audace de recruter carrément un étranger, un vrai! Chouette, je vais pratiquer l’anglais à son contact et il me donnera des bonnes adresses de restaurant! Vous allez vite déchanter. D’abord, il ne parle pas le même anglais que vous….quand il parle anglais! Vous n’avez qu’une angoisse au bout d’un moment: le croiser dans un couloir et avoir à lui adresser la parole, ou l’inviter à une réunion qui obligera tout le monde à baragouiner l’anglais ! En fait, le problème vient surtout des recruteurs qui n’ont pas eu eux-même le niveau d’anglais suffisant pour distinguer celui qui parle vraiment un anglais « business » compréhensible de celui qui le baragouine. Ne pas parler français ne fait pas de vous un anglophone. Il y a des nuls en anglais dans tous les pays du monde, sachez les débusquer!

5. Le mouton noir qui devient blanc à la première averse

Le séducteur  qui devient harceleur, le gentil discipliné qui prépare ses affaires à 16H55 pour partir à 17H, le rigolo qui avait de l’humour mais vous ne pouvez pas avoir le dos tourné sans qu’il vous broute votre pré carré ou qu’il vous tonde la laine sur le dos, l’original qui fascinait car il avait l’air mystérieux et qui finit en caractériel. Dans tous les cas la fin de la période d’essai du sacro-saint CDI permet  de récupérer sa vraie nature occultée pendant ces durs mois de comédie humaine et aux moutons de tous poils de desserrer leur ceinture de quelques crans pour pouvoir respirer enfin. La peinture s’en va avec la première averse, et vous découvrez que le magnifique moutons à cinq pattes est en fait un vilain mouton noir. Mais c’est trop tard: vous pensiez que la France avait aboli les privilèges? Vous découvrez que l’inventeur du CDI a dû échappé à l’échafaud en 89 et que vous avez une belle chèvre dans votre équipe!